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Dans la nuit d'une parole s'est brisé le sablier. Sous mes lèvres l'idée, en miette, s'est finalement dérobée.

Dans la nuit d'une parole s'est brisé le sablier. Sous mes lèvres l'idée, en miette, s'est finalement dérobée.
Le temps me fuit. Il s'élance loin devant et moi je trace les kilomètres. Par des cris étouffés, planqués au dedans. Le silence est d'or, dit-on ; le mien est de sang. Les marques brunes s'étalent, hésitantes, au rythme d'un pas flottant. Les aiguilles, à force de tourner, m'ont écorchée, seconde après seconde, avant de disparaître pour un futur un peu trop loin. Je n'ai plus qu'à me suivre, je n'ai plus qu'à courir, immobile. J'à temps. Je regarde défiler la vie, cet interminable ouvrage aux allures de pute. Je suis mes propres vis. J'essuie mes propres vices d'une culotte trouée imbibée de fausses plaintes mouillées. Les mots s'envolent dans la brève promesse du tintement de l'horloge. Mes coups sonnent, et la vie fane. Et je dis perdre le temps ; rappelle toi, celui qui passe si lentement. De mon ennui naît le désenchantement. Lueurs mélodieuses, qui se perdent sur des yeux ineffablement ouverts, asséchés par le vent. Les minutes me manquent, et je passe ma vie à les éviter. Elles se déroulent devant moi, insaisissables, et je marche dessus, souillant de mes pieds déformés le délai offert. Je soustrais le sursis, m'envoie en l'air avec ce rien que je me suis construit. Ce mur que j'ai élevé, laissant filtrer les minces reflets du passé. Egarée sur les sentiers de l'irréel, je presse le pas désorienté. Au carrefour de l'existence, je ne sais plus où aller. Et le tic-tac de l'avenir me devance encore, et je me vide l'espoir à vouloir l'arrêter. L'attraper par un bras, au moins une fois, et le retenir, le temps de souffler. Pouvoir réaliser que la beauté a un accès. Mais déjà il repart. Déjà la douce voix s'évapore dans la mémoire. La présence se consume. Sa fumée noircit le cadran et les heures s'allongent avec mon retard. Je ne vois plus très clair, mais une larme m'a confié : c'est si près la lumière, que la mort même ne peut t'en détourner. Si près qu'elle reste trop souvent dissimulée. J'ai remarqué que lorsque l'instant se suspend, c'est pour mieux m'échapper. Peut-on survivre le temps, douloureuse effigie à double tranchant ? Je me plais à le désirer, peut-être à mes dépends. Pouvoir avancer, avec le reflet des mois, le poids des années. Parce qu'on ne chasse pas les fantômes. Pas plus que l'écoulement des siècles, ou les idéaux de l'Homme.

Cynthia

# Posté le jeudi 21 février 2008 14:45

Modifié le dimanche 24 février 2008 15:54

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